Trop souvent verrouillé dans la chambre noire d’une musique inqualifiable et inclassable, EZ3kiel a su, en l’espace de vingt cinq ans, lever le voile sur les gravitations stylistiques attribuées à l’aveugle entre électro, dub, rock, voire classique et symphonique. Bien plus sensible à la création d’atmosphères, le groupe tourangeau sonde en vérité l’échelle et la volupté des émotions et des auras humaines lorsqu’il explore la densité des outils sonores, graphiques et visuels, des plus primaires aux plus technologiquement élaborés.

Concepteurs, techniciens, producteurs, réalisateurs, etc., ces musiciens sont partis en quête de l’inventivité absolue via de multiples collaborations et autant d’expérimentations artistiques. De la boîte à musique enchanteresse d’un Yann Tiersen ou la pop gracieuse d’un Nosfell, au rock sombre et lumineux de Hint, en passant par le classique expérimental des Flamands de DAAU, des chercheurs du CEA, des orchestres de conservatoire, etc., les projets des membres d’EZ3kiel sont polymorphes. Ils subliment en une réalité augmentée les quelque onzes opus que recense la discographie en 2018, autant de chapitres et autres séquences cinématiques à la technicité de haut vol, qui viennent indissociablement éclairer un leitmotiv scénaristique luxuriant.

Reposant sur un antagonisme dual entre le révolu suranné et le contemporain d’une part, la douceur onirique et la dureté machinale d’autre part - l’un et l’autre, l’un dans l’autre -, l’œuvre intemporelle d’EZ3kiel joue sur l’uchronie, une science-fiction baroque d’imagination dont les musiciens retranscrivent en live l’illusion brute dans une esthétique sculpturale magistralement interprétée et mise en scène.

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Johann Guillon : guitare, programmation, claviers, ebow.
Stéphane Babiaud : batterie, vibraphone, percussions, claviers, voix.
Sylvain Joubert : basse, guitare, claviers.
Yann Nguema : visuel, technologie, machines.